Enquête sur les incidents au Canada — étapes, signalement et la loi

Quand quelqu'un est blessé sur un lieu de travail au Canada — ou passe tout près de l'être —, la suite n'a rien de facultatif. Chaque administration au Canada exige que les incidents graves soient signalés à un organisme de réglementation, protège les lieux jusqu'à ce qu'ils puissent être examinés et attend de l'employeur qu'il établisse ce qui s'est réellement passé pour que cela ne se reproduise pas.
Ce guide présente le processus d'enquête sur les incidents, ce qu'il faut signaler et dans quel délai dans chaque province et territoire, les exigences fédérales, le rôle actuel des normes CSA et la formation qui prépare à mener une enquête correctement.
Qu'est-ce qu'une enquête sur un incident?
Une enquête sur un incident est le processus systématique qui consiste à établir ce qui s'est passé, et pourquoi, après un accident du travail, une blessure, une maladie ou un quasi-accident. Il s'agit de recueillir les éléments de preuve, d'interroger les témoins, de reconstituer la séquence des événements et de cerner les causes sous-jacentes. Le but d'une enquête sur un incident est de trouver les causes de ce qui s'est passé et d'empêcher que des incidents semblables se reproduisent — et non de jeter le blâme sur quelqu'un. 9
Une bonne enquête regarde au-delà du « moment d'inattention » évident, vers les conditions qui l'ont rendu possible : le protecteur manquant, la procédure imprécise, la lacune de formation, la pression du temps. Le même processus s'applique aux quasi-accidents et aux événements dangereux : c'est en enquêtant sur l'incident qui a failli blesser quelqu'un qu'on prévient le suivant. De nombreux milieux de travail, et plusieurs des lois citées plus bas, appellent encore ce travail une enquête sur les accidents; le processus est le même.
Comment mener une enquête sur un incident en 7 étapes?
Une enquête suit les sept mêmes étapes, que l'incident ait envoyé quelqu'un à l'hôpital ou qu'il soit simplement passé près : agir rapidement, sécuriser les lieux, recueillir l'information, analyser les données, élaborer des mesures préventives, communiquer les conclusions et faire le suivi des mesures correctives. Suivez-les dans l'ordre.
1. Agir rapidement
Commencez dès que les blessés ont été pris en charge et que la zone peut être approchée sans danger. Les éléments de preuve disparaissent vite : l'équipement est déplacé, les conditions changent et les souvenirs s'estompent en quelques heures. Agir vite protège aussi votre délai de déclaration, car la plupart des délais prévus par la loi courent à partir de l'événement lui-même, et non du jour où l'on commence à remplir les formulaires. Certaines administrations imposent aussi un délai à l'enquête elle-même : la Colombie-Britannique, par exemple, exige un rapport d'enquête préliminaire dans les 48 heures et le rapport complet dans les 30 jours 14.
2. Sécuriser les lieux
Avant toute enquête, le danger doit être maîtrisé pour qu'il ne puisse pas blesser une deuxième personne : isolez les sources d'énergie, arrêtez et cadenassez l'équipement, et ne laissez entrer que les personnes dont la présence est nécessaire. Sécuriser les lieux est aussi une obligation légale : chaque administration exige que les lieux des incidents graves qu'elle désigne demeurent intacts, pendant une période fixée ou jusqu'à ce que l'organisme de réglementation les libère, habituellement sauf pour sauver une vie, prévenir d'autres blessures ou protéger des biens menacés.
3. Recueillir l'information
Photographiez et mesurez les lieux avant que quoi que ce soit ne soit déplacé, et recueillez les éléments matériels ainsi que les registres d'entretien, les dossiers de formation, les registres d'inspection et les procédures écrites qui s'appliquent à la tâche. Interrogez les témoins séparément et le plus tôt possible, en leur demandant de décrire ce qu'ils ont vu et fait plutôt que ce qui, selon eux, a causé l'incident. Plusieurs administrations précisent dans la loi ce que le rapport écrit doit contenir : recueillez l'information en fonction de cette liste dès le départ.
4. Analyser les données
L'analyse des causes fondamentales est la démarche détaillée que les professionnels de la sécurité utilisent pour déterminer la source profonde d'un incident. En pratique, toutefois, un incident a rarement une seule source. Le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail le dit sans détour : « même dans le cas d'incidents apparemment très simples, il y a rarement, voire jamais, qu'une seule cause » 9.
Des méthodes comme les « 5 pourquoi » et l'analyse par arbre de défaillances sont des outils pour ce travail plutôt que sa définition. Poursuivez jusqu'aux facteurs que l'employeur peut réellement changer : un protecteur retiré et jamais remis en place, une procédure qui ne correspond pas à la façon dont le travail se fait vraiment, une lacune de formation, une pression de production. Une enquête qui s'arrête à « le travailleur n'était pas attentif » n'a rien trouvé que l'on puisse corriger.
5. Élaborer des mesures préventives
Transformez chaque cause en une mesure corrective précise, avec un responsable désigné et une échéance. Préférez les moyens de maîtrise qui éliminent le danger ou le règlent à la source à ceux qui comptent sur le fait que quelqu'un se souvienne d'agir autrement. Plusieurs administrations exigent que le rapport distingue la mesure corrective immédiate déjà prise des mesures à long terme qui empêcheront une récidive : rédigez les deux.
6. Rédiger le rapport et communiquer les conclusions
Le rapport va aux personnes que la loi désigne : le comité mixte de santé et de sécurité ou le représentant des travailleurs, l'organisme de réglementation lorsqu'un rapport écrit est exigé, et les gestionnaires qui doivent y donner suite. Partagez aussi les leçons tirées avec l'équipe qui fait le travail, car ce sont ces personnes que les conclusions visent à protéger.
7. Faire le suivi des mesures correctives
Vérifiez que chaque mesure a été réalisée, puis vérifiez qu'elle a fonctionné. Confirmez que le moyen de maîtrise est en place et utilisé, mettez à jour la procédure et la formation qui s'y rattachent, et ne fermez le dossier que lorsque le danger a réellement disparu.
Quels incidents faut-il signaler — et dans quel délai?
Chaque administration canadienne exige que les incidents les plus graves soient signalés à son organisme de réglementation en santé et sécurité au travail. Un décès ou une blessure grave au travail doit être signalé immédiatement ou dès que possible — et, là où la loi fixe un chiffre, dans les 24 heures. La plupart des administrations exigent ensuite un suivi écrit dans un délai fixe. Ces délais varient considérablement selon l'administration et le type d'incident, de 24 heures à 30 jours : fiez-vous au délai de votre propre administration plutôt qu'à une règle approximative.
La plupart des administrations exigent aussi le signalement d'événements dangereux définis, même lorsque personne n'est blessé : effondrements de structures, explosions ou incendies non maîtrisés, défaillances de grues, rejets importants de substances dangereuses. Certaines inscrivent les quasi-accidents directement dans la loi. À Terre-Neuve-et-Labrador, un accident qui présentait une possibilité raisonnable de causer une blessure grave doit être signalé 24. Le Yukon exige le signalement d'un incendie ou d'une explosion susceptible de causer une blessure grave 26. La Colombie-Britannique exige une enquête complète sur les incidents qui auraient pu causer une blessure grave même lorsque personne n'a été blessé 14.
Deux règles accompagnent chaque signalement. Premièrement, préservez les lieux. Chaque administration exige que les lieux d'un incident à déclaration obligatoire demeurent intacts, habituellement sauf pour sauver une vie, prévenir d'autres blessures ou protéger des biens menacés. Le déclencheur, la durée et les exceptions varient. Le Manitoba, par exemple, interdit de modifier ou de déplacer quoi que ce soit sur le lieu d'un « accident grave » pendant au moins 24 heures après l'avis, à moins qu'un agent n'en décide autrement 17. La Saskatchewan, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut rattachent leur règle aux accidents ayant causé un décès.
Deuxièmement, conservez les documents. Combien de temps faut-il conserver les rapports d'incident? Il n'existe pas de règle nationale unique. Selon les règles fédérales, les rapports et registres sur les situations comportant des risques doivent être conservés pendant 10 ans (art. 15.11) 8. L'Alberta, par exemple, exige que l'employeur conserve le rapport d'enquête pendant au moins deux ans 15. Considérez l'exigence de votre administration comme un minimum. Les seuils, les délais et les destinataires exacts pour chaque administration figurent dans le tableau ci-dessous.
Qu'exige la loi fédérale après une situation comportant des risques?
Pour les lieux de travail sous réglementation fédérale — banques, télécommunications, transport interprovincial et fonction publique fédérale —, la partie II du Code canadien du travail fixe l'obligation au sommet. L'employeur veille à la protection de ses employés en matière de santé et de sécurité au travail (art. 124) 1. Il est tenu, conformément aux règlements, « d'enquêter sur tous les accidents, tous les incidents de harcèlement et de violence, toutes les maladies professionnelles ainsi que toutes les autres situations comportant des risques dont il a connaissance, de les enregistrer et de les signaler » (al. 125(1)c)) 2.
Le Code protège aussi les lieux. Lorsqu'un employé est tué ou grièvement blessé, il est interdit de toucher aux débris ou objets se rapportant à l'événement sans autorisation. Les seules exceptions sont de procéder à des opérations de sauvetage ou de prévenir les blessures, de maintenir un service public essentiel ou d'empêcher que des biens subissent des dommages inutiles (par. 127(1)) 3.
Le « comment » se trouve à la partie XV du Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail, intitulée Enquêtes et rapports sur les situations comportant des risques. Elle impose cinq obligations, dans cet ordre :
- Enquêter sans délai. L'employeur qui prend conscience d'un accident, d'une maladie professionnelle ou d'une autre situation comportant des risques doit sans délai nommer une personne qualifiée pour faire enquête. Il doit aussi aviser le comité local ou le représentant et prendre les mesures nécessaires pour empêcher que la situation ne se reproduise (art. 15.4) 4.
- Signaler les conséquences les plus graves dans les 24 heures. Ces conséquences sont : un décès, une blessure invalidante chez plus d'un employé, la perte d'un membre, une altération permanente d'une fonction de l'organisme, une explosion ou l'endommagement grave d'une chaudière ou d'un appareil élévateur. Elles doivent être signalées au chef de la conformité et de l'application dès que possible, dans les vingt-quatre heures après que l'employeur en a pris connaissance (art. 15.5) 5.
- Remettre un rapport écrit dans les quatorze jours. Cette obligation s'applique lorsque l'enquête révèle une blessure invalidante, un évanouissement causé par une décharge électrique ou par de l'air toxique ou à faible teneur en oxygène, le recours à des mesures de sauvetage d'urgence, ou un incendie ou une explosion. Le rapport écrit (formulaire de l'annexe I) est remis sans délai au comité et, dans les quatorze jours, au chef de la conformité et de l'application (art. 15.8) 6.
- Soumettre le rapport annuel. Chaque employeur soumet un rapport annuel de toutes les situations comportant des risques au plus tard le 1er mars (art. 15.10) 7.
- Conserver les documents. Ces rapports et registres doivent être conservés pendant dix ans (art. 15.11) 8.
Quelles sont les règles provinciales et territoriales sur les enquêtes sur les incidents?
En dehors de la compétence fédérale, chaque province et territoire applique la même architecture de base. Signaler les incidents graves à l'organisme de réglementation, protéger les lieux, enquêter, faire participer le comité de santé et de sécurité ou le représentant du lieu de travail, et corriger ce que l'enquête révèle. Ce qui change d'une administration à l'autre, c'est le détail : ce qui doit exactement être signalé, dans quel délai, qui doit mener l'enquête et combien de temps les lieux restent intacts. Le tableau ci-dessous donne les règles pratiques de chaque administration, tirées de la législation elle-même.
| Administration | Instrument | Quoi signaler — et dans quel délai | Obligation d'enquête |
|---|---|---|---|
| Fédéral | Code canadien du travail, al. 125(1)c) et art. 127, et Règlement canadien sur la santé et la sécurité au travail, partie XV | Rapport dans les 24 heures pour les décès, les blessures invalidantes chez plus d'un employé, la perte d'un membre, les altérations permanentes, les explosions et l'endommagement grave d'une chaudière ou d'un appareil élévateur (15.5); rapport écrit de l'annexe I dans les 14 jours (15.8); rapport annuel au plus tard le 1er mars (15.10) | Personne qualifiée nommée « sans délai »; comité local ou représentant avisé; mesures pour empêcher que la situation ne se reproduise (15.4); lieux d'un décès ou d'une blessure grave laissés intacts sauf autorisation (Code, art. 127) |
| Colombie-Britannique | Workers Compensation Act, art. 68 à 72 | Avis immédiat à WorkSafeBC : blessure grave ou décès, défaillance structurale majeure ou effondrement, rejet important d'une substance dangereuse, incendie ou explosion susceptible de causer une blessure grave (68(1)) | En deux temps. Un rapport d'enquête préliminaire est terminé dans les 48 heures et remis à la commission sur demande (71). Un rapport d'enquête complet est soumis à WorkSafeBC dans les 30 jours (72). Les quasi-accidents à potentiel grave sont inclus (69(1)(c)). L'enquête est menée par des personnes qui connaissent bien le type de travail, avec la participation de l'employeur et des travailleurs (70). Les deux rapports vont au comité mixte ou au représentant des travailleurs s'il y en a un, sinon ils sont affichés au lieu de travail. Les lieux sont laissés intacts (68(2)) |
| Alberta | Occupational Health and Safety Act, art. 33 | Signalement à un directeur dès que possible, par l'entrepreneur principal ou, à défaut, l'employeur : décès, hospitalisation probable, explosion, incendie ou inondation imprévus ou non maîtrisés, effondrement d'une grue, d'un derrick ou d'un appareil de levage, effondrement ou défaillance d'une structure (33(1) et (2)) | Enquêter et rédiger un rapport indiquant les mesures correctives (33(6)), y compris pour les incidents qui auraient vraisemblablement pu causer une blessure grave (33(5)); copie à un directeur et au comité ou au représentant; conserver le rapport au moins 2 ans (33(7)); lieux laissés intacts (33(9)) |
| Saskatchewan | The Occupational Health and Safety Regulations, 2020, art. 2-2, 2-3 et 3-18 à 3-20 | Avis dès qu'il est raisonnablement possible : accident qui cause ou peut causer un décès, ou hospitalisation de 72 heures ou plus (2-2); événements dangereux énumérés, qu'un travailleur soit blessé ou non (2-3) | Enquête menée par les coprésidents du comité, ou par l'employeur et le représentant; rapport écrit : description, éléments de preuve, causes, mesure corrective immédiate, prévention à long terme (3-18(2), 3-20(2)); lieux d'un accident mortel protégés jusqu'à la fin de l'enquête d'un agent (3-19) |
| Manitoba | Règlement sur la sécurité et la santé au travail (R.M. 217/2006), art. 2.6 à 2.9 | « Accident grave » (liste définie : décès, blessures énumérées, effondrements, explosion, incendie ou inondation, déversement d'une substance dangereuse) — aviser immédiatement la Direction, par le moyen de communication le plus rapide (2.7) | Enquêter sur les accidents graves ainsi que sur les incidents qui nécessitent des soins médicaux ou qui auraient pu provoquer un accident grave (2.9(1)); par les coprésidents, par l'employeur et le délégué, ou par l'employeur en présence d'un travailleur non associé à la direction (2.9(2)); lieux laissés dans le même état pendant au moins 24 heures après l'avis, sauf directive d'un agent (2.8) |
| Ontario | Loi sur la santé et la sécurité au travail, par. 9 (31) et art. 51 à 53 | Personne tuée ou gravement blessée : aviser immédiatement un inspecteur, le comité ou le délégué et le syndicat. Un rapport écrit suit dans les 48 heures, à un directeur et aux mêmes parties (51(1)). Blessures qui empêchent d'exécuter le travail habituel ou exigent des soins médicaux : avis écrit dans les 4 jours au comité ou au délégué et au syndicat, et à un directeur seulement si un inspecteur l'exige (52(1)). Maladie professionnelle : avis écrit dans les 4 jours à un directeur et aux mêmes parties (52(2)). Événements énumérés sur un chantier ou dans une mine : avis écrit dans les 2 jours (53(1)) | Le ou les membres du comité désignés par les représentants des travailleurs enquêtent sur les cas de décès et de blessure grave (9(31)); lieux préservés jusqu'à l'autorisation d'un inspecteur (51(2)) |
| Québec | Loi sur la santé et la sécurité du travail (RLRQ, c. S-2.1), art. 62 | Informer la CNESST par le moyen de communication le plus rapide et lui faire un rapport écrit dans les 24 heures : décès, perte totale ou partielle d'un membre ou de son usage ou traumatisme physique important, blessures empêchant plusieurs travailleurs d'accomplir leurs fonctions pendant un jour ouvrable, ou dommages matériels de 150 000 $ et plus, montant revalorisé le 1er janvier de chaque année (62.0.1) | Les lieux doivent demeurer inchangés pour le temps de l'enquête de l'inspecteur de la CNESST, sauf pour empêcher une aggravation; le comité de santé et de sécurité et le représentant en santé et en sécurité sont informés et reçoivent le rapport |
| Nouveau-Brunswick | Loi sur l'hygiène et la sécurité au travail, art. 43 | Aviser sans délai Travail sécuritaire NB : liste de 8 blessures, de la perte de connaissance au décès (43(1)), plus les explosions accidentelles ou les expositions accidentelles à un agent, « qu'il y ait ou non des blessés », et les catastrophes ou défaillances d'équipement catastrophiques (43(4)) | Comité ou délégué avisé immédiatement (43(2)); lieux d'un accident ayant causé des blessures graves ou la mort laissés en l'état (43(3)) |
| Nouvelle-Écosse | Occupational Health and Safety Act, art. 63 et 64, résumée dans le bulletin de la province sur le signalement des blessures et des incidents graves | Aviser le directeur dès que possible et dans les 24 heures pour les blessures énumérées, ainsi que pour une explosion accidentelle, une défaillance structurale majeure, un rejet important d'une substance dangereuse ou une chute là où une protection contre les chutes est exigée, qu'il y ait ou non des blessés; immédiatement lorsqu'une personne est tuée ou blessée d'une manière susceptible d'être mortelle (63(1)) | Comité ou représentant avisé (63(3)); lieux préservés (art. 64) |
| Île-du-Prince-Édouard | Occupational Health and Safety Act, art. 36 et 37 | Avis écrit au directeur par le moyen le plus rapide dans les 24 heures pour les blessures graves (36(1)); toute explosion accidentelle signalée même sans blessé (art. 37). Le guide de SST de la Workers Compensation Board invite les employeurs à appeler sa ligne d'urgence de SST, ouverte 24 heures sur 24, ou à donner un avis écrit | Comité ou représentant avisé (36(2)); lieux préservés à moins qu'un agent de SST n'en décide autrement (36(3)) |
| Terre-Neuve-et-Labrador | Occupational Health and Safety Act, art. 54 à 56, et Occupational Health and Safety Regulations, 2012, art. 10 | Avis immédiat : blessure grave ou décès, et accidents qui présentaient une possibilité raisonnable de causer une blessure grave — une règle légale sur les quasi-accidents (54(1)). Selon l'article 10 du règlement, un avis écrit suit dans les 3 jours pour une blessure grave; un décès est signalé immédiatement et confirmé par écrit dans les 5 jours | Comité, représentant ou délégué avisé immédiatement (54(2)); lieux d'un accident ayant causé une blessure grave ou un décès préservés (art. 55); un agent se rend sur place et enquête lorsque c'est possible (art. 56) |
| Yukon | Loi sur la sécurité et l'indemnisation des travailleurs, art. 57 et 58, expliquée dans le bulletin de la Commission sur les incidents et les blessures graves | Déclaration immédiate à la Commission, par l'entrepreneur principal ou, à défaut, l'employeur : décès ou blessure grave, hospitalisation d'un travailleur, défaillance structurale majeure ou effondrement, rejet important d'une substance dangereuse, et explosion ou incendie qui peut potentiellement causer une blessure grave (art. 57) | L'employeur ou l'entrepreneur principal doit enquêter et préparer un rapport écrit exposant la mesure corrective, le garder disponible, le fournir à la Commission sur demande et en remettre une copie au comité ou au délégué; un représentant des travailleurs participe à l'enquête (art. 58); lieux laissés intacts (57(3)) |
| Territoires du Nord-Ouest | Règlement sur la santé et la sécurité au travail (R-039-2015), art. 8, 9, 28 et 29, plus les exigences de déclaration de la CSTIT | Avis dès que cela est raisonnablement possible : accidents causant des lésions corporelles graves — un décès, ou une hospitalisation de 24 heures ou plus (art. 8) — et événements dangereux, « qu'un travailleur ait ou non subi des blessures » (art. 9). La CSTIT exige aussi le Rapport d'incident de l'employeur écrit dans un délai de trois jours ouvrables | Enquête menée par le comité ou un représentant avec l'employeur; rapport écrit : éléments de preuve, « l'identification des situations dangereuses, actes, omissions ou procédures qui ont contribué » à l'accident, causes, mesures correctives prises sur-le-champ, mesures à long terme (art. 28); lieux d'un accident mortel préservés (art. 29) |
| Nunavut | Règlement sur la santé et la sécurité au travail (R-003-2016), art. 8, 9, 28 et 29, plus les exigences de déclaration de la CSTIT | Comme aux Territoires du Nord-Ouest : accidents causant des lésions corporelles graves et événements dangereux, avis dès que cela est raisonnablement possible, plus le rapport écrit à la CSTIT dans un délai de trois jours ouvrables | Mêmes obligations d'enquête et de rapport qu'aux Territoires du Nord-Ouest, y compris l'identification des situations dangereuses, actes, omissions ou procédures qui ont contribué à l'accident (art. 28); lieux d'un accident mortel préservés (art. 29) |
La participation du comité ou du représentant des travailleurs est courante, et souvent obligatoire lorsqu'il y en a un. Plusieurs administrations la rendent conditionnelle : en Colombie-Britannique, les rapports vont au comité mixte ou au représentant des travailleurs s'il y en a un, et sont autrement affichés au lieu de travail.
Qu'est-ce que la CSA Z1005, la norme sur l'enquête sur les incidents en milieu de travail?
La CSA Z1005:F21, Enquête sur les incidents en milieu de travail, est la norme canadienne pour ce travail : la deuxième édition, publiée en 2021, remplace l'édition de 2017 parue sous le titre Incident investigation (Z1005-17) 10. Elle est publiée avec la CSA Z1005.1:F21, une directive de mise en œuvre de la norme 11. La Z1005:F21 elle-même précise les exigences relatives à un programme de prévention et d'enquête sur les incidents de santé et sécurité au travail, fondé sur un cycle planifier-faire-vérifier-agir. Elle peut être appliquée par des organisations de toute taille, dans tout type d'industrie. Elle ne vise pas les enquêtes judiciaires ou réglementaires. C'est une norme volontaire et non une loi : elle s'ajoute aux obligations légales décrites plus haut, sans les remplacer. Avec ou sans la norme, un programme d'enquête sur les incidents doit comprendre ce que la loi nomme déjà : qui est avisé et dans quel délai, qui enquête, comment les lieux sont protégés, ce que le rapport écrit doit contenir, comment les mesures correctives sont suivies et combien de temps les documents sont conservés.
Deux autres normes CSA encadrent le système qui l'entoure. La CSA Z45001:F19 (C2023) est l'adoption canadienne de la norme ISO 45001, désormais assortie de la Modification 1:2026. Elle fixe les exigences du système de management auxquelles les enquêtes et les mesures correctives contribuent 12. La CSA Z1002:F12 (C2022) est la norme sur l'identification des phénomènes dangereux et l'appréciation et la maîtrise du risque. Son travail en amont — connaître ses dangers avant qu'ils ne deviennent des incidents — est ce à quoi une bonne enquête se mesure 13.
Quelles compétences une enquête sur un incident exige-t-elle?
La formation sur les enquêtes sur les incidents prépare les travailleurs, les superviseurs et les membres des comités à mener une enquête correctement : sécuriser et documenter les lieux, recueillir les éléments de preuve, interroger les témoins et remonter de l'événement visible aux facteurs causals et contributifs sous-jacents. Elle couvre aussi ce que leur administration les oblige à signaler et ce que le rapport écrit doit contenir, pour que l'enquête produise un document qui résiste à l'examen d'un organisme de réglementation.
Qui est responsable de l'enquête sur un incident?
L'employeur a la responsabilité de veiller à ce qu'une enquête sur un incident soit menée à terme. Cette obligation est explicite au fédéral. Le Code canadien du travail exige des employeurs qu'ils enquêtent sur les situations comportant des risques, les enregistrent et les signalent, et qu'ils offrent à chaque employé « l'information, la formation, l'entraînement et la surveillance nécessaires pour assurer sa santé et sa sécurité » 2. Elle traverse aussi les obligations générales de chaque loi provinciale.
La loi précise souvent aussi qui mène l'enquête :
- Au fédéral, ce doit être une personne qualifiée.
- En Saskatchewan et au Manitoba, cela revient aux coprésidents du comité ou à l'employeur avec le représentant.
- Aux Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, cela revient au comité ou au représentant, avec l'employeur.
- En Ontario, les membres du comité désignés par les représentants des travailleurs enquêtent sur les décès et les blessures graves.
- En Colombie-Britannique, l'enquête doit être menée par des personnes qui connaissent bien le travail, avec la participation de représentants de l'employeur et des travailleurs.
Les superviseurs ont aussi leur part : repérer et maîtriser les dangers dans leur secteur et signaler ce qu'ils ne peuvent pas régler. C'est l'obligation de chaque travailleur de signaler rapidement les incidents qui met tout le processus en marche.
Qui participe à une enquête sur un incident?
Toute personne à qui l'on pourrait confier une partie de l'enquête lorsque quelque chose tourne mal. En pratique, cela veut dire :
- Membres des comités mixtes de santé et de sécurité et représentants — dans plusieurs administrations, la loi les place directement dans l'enquête (Saskatchewan, Manitoba, les territoires, les cas de décès et de blessure grave en Ontario). Lorsqu'un comité ou un représentant existe, la loi prévoit qu'ils soient avisés ou qu'ils reçoivent le rapport;
- Superviseurs et gestionnaires — habituellement les premiers sur les lieux, chargés de les sécuriser et souvent du premier compte rendu écrit;
- Employeurs et propriétaires de petits lieux de travail — en l'absence de comité, l'obligation leur revient personnellement;
- Coordonnateurs de la sécurité et enquêteurs désignés — la « personne qualifiée » qu'exige la loi fédérale.
La formation compte le plus là où les enjeux sont les plus élevés — construction, fabrication, soins de santé, transport, pétrole et gaz, mines —, mais l'obligation d'enquêter s'applique à tous les lieux de travail, du bureau à la plateforme de forage.
Les enquêteurs peuvent-ils être formés en ligne?
Oui — la formation sur les enquêtes sur les incidents peut être suivie entièrement en ligne. Les compétences sont procédurales — quoi signaler, comment sécuriser les lieux, comment recueillir les éléments de preuve et remonter aux causes fondamentales —, ce qui convient bien à un apprentissage en ligne structuré. L'employeur demeure responsable de choisir une formation adaptée à son lieu de travail : vérifiez donc que votre employeur accepte la formation en ligne pour ce rôle.
Que doit-on enseigner aux enquêteurs pour répondre aux exigences de la loi?
La formation sur les enquêtes sur les incidents doit couvrir six domaines, et chacun renvoie à ce que la loi exige d'une enquête et de son rapport écrit :
- Sécuriser et gérer les lieux d'un incident — chaque administration restreint le fait de déranger les lieux d'un incident grave; les enquêteurs doivent connaître les exceptions (sauver une vie, prévenir d'autres blessures, protéger des biens);
- Ce qu'il faut signaler, à qui et dans quel délai — les listes de blessures graves, les catégories d'événements dangereux et les délais de déclaration de votre administration;
- La collecte des éléments de preuve — photographies, vidéos et illustrations, gestion et entrevues des témoins, documents et registres de procédures (le contenu du rapport que la Saskatchewan, le Manitoba, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut précisent dans la loi);
- Repérer les situations, actes et procédures dangereux ayant contribué à l'incident — l'analyse que nomment explicitement les dispositions de la Colombie-Britannique, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut;
- L'analyse des facteurs causals et contributifs — expliquer la ou les causes, et pas seulement le dernier événement, à l'aide de méthodes comme les « 5 pourquoi » et l'analyse par arbre de défaillances;
- Rédiger le rapport et boucler la boucle — la mesure corrective immédiate prise, les mesures de prévention à long terme (ou les raisons de ne pas agir) et les destinataires du rapport.
La loi fixe-t-elle une date d'expiration pour la formation?
Aucune loi canadienne ne fixe de date d'expiration pour la formation sur les enquêtes sur les incidents, et aucune norme ne fixe de cycle de mise à niveau : la CSA Z1005:F21 est une norme volontaire visant le programme d'enquête d'un employeur, et non une certification assortie d'un cycle de renouvellement. Le certificat eSafetyFirst porte une échéance imprimée de trois ans après la réussite du cours; c'est la pratique de notre programme, et non une exigence légale. Une mise à niveau plus tôt est une pratique courante, fixée par les politiques de formation des employeurs et les exigences de leurs clients, généralement lorsque le travail change : arrivée dans une équipe d'enquête ou un comité de santé et de sécurité, nouveaux procédés ou nouvel équipement qui modifient ce qui pourrait mal tourner, ou changement des règles de déclaration dans votre administration.
Points clés à retenir
L'enquête sur les incidents, c'est là qu'un lieu de travail apprend ou se répète. La loi canadienne rend l'essentiel non négociable — signaler vite, protéger les lieux, enquêter, corriger les causes —, et la différence entre un exercice de paperasse et une récidive évitée tient presque toujours à la compétence des personnes qui mènent l'enquête. Formez-les avant l'incident, pas après.
Ressources et guides
- 1Gouvernement du Canada, Code canadien du travail, art. 124
- 2Gouvernement du Canada, Code canadien du travail, art. 125 (alinéas 125(1)c) et 125(1)q))
- 3Gouvernement du Canada, Code canadien du travail, art. 127 : interdictions en cas d'accident
- 4
- 5
- 6
- 7
- 8
- 9Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail, Réponses SST : Enquête sur les incidents
- 10
- 11
- 12
- 13
- 14Gouvernement de la Colombie-Britannique, Workers Compensation Act [RSBC 2019, c. 1], partie 2, section 10 : Employer Accident Reporting, Investigation and Related Prohibitions (en anglais)
- 15Gouvernement de l'Alberta, Occupational Health and Safety Act (S.A. 2020, c. O-2.2), art. 33 (en anglais)
- 16Gouvernement de la Saskatchewan, The Occupational Health and Safety Regulations, 2020 (S-15.1 Reg 10), art. 2-2, 2-3 et 3-18 à 3-20 (en anglais)
- 17Gouvernement du Manitoba, Règlement sur la sécurité et la santé au travail (R.M. 217/2006), partie 2, art. 2.6 à 2.9
- 18Gouvernement de l'Ontario, Loi sur la santé et la sécurité au travail (L.R.O. 1990, chap. O.1), par. 9 (31) et art. 51 à 53
- 19Gouvernement du Québec, Loi sur la santé et la sécurité du travail (RLRQ, c. S-2.1), art. 62 et 62.0.1 (CanLII)
- 20Gouvernement du Nouveau-Brunswick, Loi sur l'hygiène et la sécurité au travail (L.N.-B. 1983, ch. O-0.2), art. 43
- 21
- 22Gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard, Occupational Health and Safety Act (R.S.P.E.I. 1988, c. O-1.01), art. 36 et 37 (en anglais)
- 23Workers Compensation Board of Prince Edward Island, Guide to Occupational Health and Safety Legislation : Incident Investigation (en anglais)
- 24Gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, Occupational Health and Safety Act (R.S.N.L. 1990, c. O-3), art. 54 à 56 (en anglais)
- 25Gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, Occupational Health and Safety Regulations, 2012 (NLR 5/12), art. 10 (en anglais)
- 26Gouvernement du Yukon, Loi sur la sécurité et l'indemnisation des travailleurs (LY 2021, ch. 11), art. 57 et 58
- 27Commission de la sécurité et de l'indemnisation des travailleurs du Yukon, Reporting and Investigating Serious Incidents and Injuries at the Workplace (bulletin, en anglais)
- 28Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, Règlement sur la santé et la sécurité au travail (R-039-2015), art. 8, 9, 28 et 29
- 29Gouvernement du Nunavut, Règlement sur la santé et la sécurité au travail (R-003-2016), art. 8, 9, 28 et 29
- 30Commission de la sécurité au travail et de l'indemnisation des travailleurs (Territoires du Nord-Ouest et Nunavut), Exigences de déclaration
Dernière mise à jour : 21 octobre 2026